Surfin’ DiscWorld

Prenez 30 pages de Robinson Crusoë, découpez finement 2 chapitres de Les révoltés de la Bounty de Verne auxquels vous n’hésiterez pas à mélanger quelques références à L’Île mystérieuse et Les Enfants du Capitaine Grant du même, saupoudrez de zestes de Lord of the Flies, ajoutez des épices (une poignée de grains de Paul et Virginie, une pincée de L’éternel Adam et 3 gouttes de The Legend of Zelda: The Wind Waker).
Mélangez le tout.
Faites chauffer à feu vif puis laissez réduire.
Déglacez la casserole avec un large rasade de The Science of Discworld.
Versez dans un flacon, retournez d’un geste vif et secouez vigoureusement.
Ouvrez le flacon.
Vous sentez ce doux parfum, mélange d’embruns, d’alizés et d’orchis ?

Si vous avez bien suivi mes recommandations, vous teniez le flacon à l’envers et vous avez tout renversé cette belle et bonne préparation.
C’est normal (*), il est temps d’abandonner l’apprentissage et de passer la main à un maître : Terry Pratchett.

Il n’y a dans ce livre aucun des ingrédients que je vous ai cités, et néanmoins, ils y sont tous. Sans doute parce que, comme le dit Terry lui-même, il ne faut pas croire que ce récit se déroule sur Terre. Rien ne serait plus éloigné de la vérité. Et si, malgré tout, il se déroule sur Terre, ce ne peut être qu’une Terre alternative. Un de ces mondes multiples surgis de la théorie d’Everett. Une terre sur laquelle, au cours du XIXème siècle, une épidémie de grippe Russe s’est répandue sur l’Europe et un tsunami sur l’Océan Pélagique (**). Une Terre inversée, où les Atlantes auraient perdus le Nord. A moins qu’ils n’aient été au Sud ? Un Univers dans lequel chaque décision produit un embranchement, créateur de Multivers…

Ce roman, à la fois livre d’aventures, récit de merveilleux scientifique, conte initiatique et uchronie m’a procuré un immense plaisir tout en me plongeant dans un trouble assez profond. Est-ce parce que nous avons connaissance de la maladie de Terry, mais j’ai perçu ce roman comme une synthèse de son œuvre, un livre somme reprenant et soldant les grands thèmes et questions qui traversent ses textes : l’humanité, l’altérité, la solidarité, la divinité, la société, la science… et renvoyant au corpus pratchettien.

Daphné vous fera immanquablement penser à Tiphaine, Mau est à la fois Carotte, Adam et Johnny, Madame Gargouillis est forcément une sorcière, les oiseaux grands-pères sont bien sûr des pougneux… ou pas (***).

On retrouve donc dans Nation tout ce que l’on aime chez Pratchett et on le referme avec regrets, prêt à s’y replonger pour attendre sur la plage, avec Mau, le passage de la vague du crépuscule.

Nation

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s